Alice en mission

auprès de réfugiés syriens et irakiens dans un camp en Grèce
samedi 17 mars 2018
par  Emilienne Boulouis, Marie-Lucile Faye

Un an en qualité de travailleur social à la protection des mineurs en camp de réfugiés.

Alice Gentil, 32 ans, dont les parents habitent à Peyre, témoigne de son engagement auprès de familles de réfugiés, particulièrement de leurs enfants.

L’humain, l’écoute et l’accompagnement des personnes vulnérables ont toujours été essentiels pour moi. Mes études et mon parcours professionnel m’ont menée d’abord

Alice

dans les prisons où l’aide à la réinsertion et à la compréhension de la peine est primordiale. Puis j’ai exercé pendant 2,5 ans en qualité de mandataire judiciaire à la protection des majeurs. Il s’agit là encore d’accompagner des personnes vulnérables, tant sur le plan social que patrimonial ou judiciaire.

J’ai ensuite choisi de reprendre une formation en action et droit humanitaire, ce qui m’a conduit en Juillet 2016, dans le Nord de la Grèce, au milieu d’un camp de réfugiés syriens et irakiens. J’y ai passé un an, en tant que travailleur social à la protection des mineurs, au sein d’une des principales ONG internationales travaillant majoritairement à la protection des réfugiés dans le monde.

L’essentiel de mes fonctions était de tenter de détecter les abus dont pouvaient souffrir certains mineurs (abus physique, moral, sexuel…), et travailler à la prise en charge la plus adaptée de ces enfants et de leurs familles. Ce travail était possible en participant aux leçons données quotidiennement dans notre « espace d’apprentissage informel » réservé aux enfants, ainsi qu’en allant à la rencontre des familles.

L’ONG pour laquelle je travaillais intervenait dans ce camp au titre de plusieurs programmes : protection des enfants, eau, hygiène et assainissement, soutien psychosocial et protection des femmes. Je travaillais donc en lien permanent avec mes collègues des autres programmes. En effet, nous intervenions à différents titres sur une même situation et ce type de poste induit des liens forts entre les travailleurs humanitaires notamment en raison de la charge émotionnelle et de la distance avec le cadre de vie habituel. Le fonctionnement du camp était organisé par plusieurs acteurs : Mon ONG, les Nations Unies pour le conseil juridique et le traitement des procédures d’asile, l’armée pour la distribution des repas, la police pour le contrôle des allées et venues, une petite ONG médicale Slovaque, et une ONG de volontaire pour la distribution de produits d’hygiène, de nourriture et de vêtements.

Les situations auxquelles j’ai été confrontée reflètent « dans la vrai vie » ce que l’on peut, parfois, voir dans les médias. Des histoires de bombes, de tortures, de conversion religieuse forcée, et surtout de perte : perte des êtres chers, perte des biens et des maisons, perte financière.

Le camp en Grèce,
Photo : Paul Carr

Je me rappelle d’une mère avec laquelle j’avais pris l’habitude de discuter en espérant aborder la situation de violence dans laquelle se trouvait sa famille. Lors d’une de nos conversations, nous avons soudainement été interrompues par un coup de téléphone. Elle décroche, parle en Arabe, sa langue maternelle, et fond en larmes. Je comprends, grâce au peu de mots que je connaissais, et à l’aide de l’interprète, qu’il s’agit d’un membre de sa famille resté à Damas, qui lui explique que son quartier est en train de se faire bombarder. Elle a peur de le perdre. On reste là, on écoute, et c’est tout. Après plusieurs mois d’expériences, on comprend que c’est souvent la seule chose que l’on puisse faire, mais qu’il s’agit d’une chose précieuse.

Ces personnes ont fui l’horreur et sont arrivées, parfois sans l’avoir voulu, mais surtout en ayant suivi des passeurs très bien organisés, en Grèce, où elles ont très souvent fait face à une grande désillusion. Le rêve de l’Europe est présent chez toutes ces personnes. Elles pensent y trouver un hébergement, un travail et reprendre rapidement le cours de leur vie. Elles arrivent finalement dans un pays en crise, une Europe peu ou pas organisée, et des camps qui ressemblent à des ghettos.

Je suis arrivée en plein été, dans une ancienne caserne militaire abandonnée et transformée en camp humanitaire. Il faisait 40 degré à l’ombre, les gens vivaient dans des tentes fournies par l’armée grecque et les Nations Unies. 50 degré à l’intérieur, la poussière partout, impossible de s’abriter du soleil. Des sanitaires et un système d’assainissement assez sommaire, une odeur nauséabonde à laquelle on s’habitue « un peu ».

Le camp en Grèce, sous la neige.
Photo : Paul Carr

Ces conditions jouent sur l’humeur et la résistance de tous, réfugiés comme travailleurs humanitaires.

Ce matin-là, il faisait encore 40 degrés. Une mère de famille m’interpelle alors que je marchais avec mon interprète au milieu des allées de tentes. Au début, l’échange est respectueux comme à l’habitude. Puis l’on demande des nouvelles de ses enfants, savoir s’ils vont bien. Elle change de ton, et se met à nous déverser son mal-être et sa détresse, et finit par me dire : « mais qu’est-ce que tu fais là, tu sers à rien et tes collègues non plus. Vous passez votre temps à faire des jeux avec les enfants, et après… ? On nous traite comme des animaux ici. C’est pas humain, qu’est-ce qu’elle fait l’Europe ? ». Je me rappelle avoir beaucoup pris sur moi. Avoir été au bord des larmes, et avoir craqué quelques tentes plus loin. Quelques jours plus tard, cette femme s’est excusée de cette prise à partie. Nous savions bien qu’aucun de nous n’était responsable de tout cela, mais ce n’en était pas moins difficile à vivre.

J’aurais des dizaines ou même des centaines de pages à écrire sur cette année vécue avec des collègues grecs, italiens, français, syriens, jordanien, néerlandais, des réfugiés syriens, irakiens et kurdes, des musulmans, des chrétiens et des non-croyants. Mais une chose m’a marquée plus que le reste. L’insoutenable attente à laquelle ces exilés doivent faire face. Ils attendent tous, toujours, partout.
L’attente de la distribution journalière du repas de midi, l’attente de son tour de passage à la « boutique » pour les vêtements et les aliments, l’attente du téléphone en charge à une des seules prises électrique du camp pour 900 personnes, l’attente du réseau pour téléphoner, l’attente des 1er et 2eme rendez-vous avec les acteurs chargés de la procédure d’asile pour connaître enfin le pays de destination où chacun sera accueilli, l’attente d’un rendez-vous médical… Bref, l’attente est sans fin.

Notre rôle était alors de les soutenir et les accompagner au mieux, durant cette période d’attente, parfois très longue (certains sont restés plus d’un an dans ce camp).Essayer d’être utile dans le quotidien, et redonner un peu de sens à tout cela. Sans pour autant penser que l’on changera la vie de ces personnes, ce n’est pas le but à donner, et puis leur vie a déjà changé radicalement à cause de la guerre.

J’ai rencontré de nombreuses familles, et en ai connu certaines jusque dans une sorte d’intimité. Mon travail à la protection des mineurs m’amenait souvent à essayer de comprendre le fonctionnement des familles pour mieux les accompagner. C’est comme cela que des liens parfois forts se sont créés, et parfois malgré nous.

J’ai régulièrement rencontré une fillette de 12 ans, qui subissait des violences physiques de la part de sa mère. Les relations entre les membres de la famille présents dans le camp étaient extrêmement compliquées et taboues . Pendant de longs mois, la communication avec la mère était très difficile, pour de multiples raisons. Puis est arrivé le jour où une famille amie de cette mère, est partie. Tout le monde était triste et heureux à a fois : triste de se quitter après avoir passé pour la plupart presque un an ensemble, et heureux car cette famille partait enfin dans le pays qui allait l’accueillir pour de bon. Après que la famille soit montée dans le bus qui l’emmenait, la mère de la fillette est venue vers moi les larmes aux yeux, et a fondu en larmes dans mes bras. C’est à ce moment que j’ai réalisé que malgré toutes nos difficultés à communiquer concernant sa fille, elle avait sans doute quand même senti qu’elle pouvait trouver une oreille attentive.

Le camp en Grèce, sous la neige.
Photo : Paul Carr

Toutes ces familles avaient vécu des évènements atroces, inimaginables. Le risque selon moi, serait de culpabiliser en tant qu’européenne ou française, qui gagne de l’argent en travaillant et peut donc s’habiller comme elle veut, voyager, manger à sa faim. Mais non, il ne faut surtout pas ! Il me semble que c’est à partir de là que l’on n’est plus en mesure de faire son travail correctement.Et même ces familles me disaient : « ne culpabilisez pas, ce n’est pas votre faute. Nous vivions comme vous avant la guerre. » Il faut rester dans l’empathie, être à l’écoute et ne jamais juger.

Cette expérience m’a enrichie de beaucoup de choses. J’ai connu des personnes extraordinaires. J’ai compris que l’homme est capable de choses horribles et indescriptibles, comme de choses si belles. J’ai aussi réalisé à quel point l’instinct de survie peut être fort.

J’ai surtout pu retenir que nous sommes tous pareils, tous des hommes, mais que nous avons parfois du mal à nous comprendre. Peut-être parce que nous ne le voulons pas ? Car lorsque les choses les plus basiques sont en jeu, l’amour et la vie, nous sommes tous égaux et unis pour faire face.


Le parcours d’Alice en bref

Master 1 et 2  : droit pénal et droit humanitaire.
2012-2014 : mission dans les prisons pour la réinsertion et mandataire judiciaire.
2015  : droit humanitaire en Suède.
2016-2017 : mission humanitaire en Grèce


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Quelques repères

JMJ

J.M.J.

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La mission des laïcs :

« Pour que les fidèles laïcs accomplissent leur mission spécifique en mettant leur créativité au service des défis du monde actuel ».


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